Saviez-vous que l’armée américaine vient d’accorder une subvention de 11,4 millions de dollars à une entreprise canadienne, Lomiko Metals, pour aider un projet de mine de graphite au Québec ?
Un projet qui n’a pas le feu vert des citoyens des environs. Un projet controversé. Un projet que les résidents de la région regardent maintenant avec plus de stupéfaction que jamais.
Imaginez si on vous disait que non seulement une grande industrie était peut-être sur le point de s’installer à côté de votre maison à la campagne, mais qu’en plus, c’était grâce au Département de la défense du pays qui va peut-être élire Donald Trump.
Ceci mériterait quelques yeux écarquillés, comme l’émoji que tout le monde aime bien.
On parle du projet La Loutre dans la MRC de Papineau, au nord d’Ottawa, en plein cœur d’une région de lacs et de chalet assise sur une de ces veines de graphite dont l’Outaouais, les Laurentides et Lanaudière sont généreusement pourvues. À La Loutre, on est à 45 kilomètres au sud-ouest de Tremblant, près de Duhamel, Vendée, du lac des Plages. Le royaume de la cabane au Canada, où des familles ou des gens à la retraite s’installent pour avoir la paix et entendre les oiseaux et les arbres qui bruissent au vent.
Le genre d’endroit où l’ennemi numéro un est normalement la mouche noire ou le moustique. Peut-être une marmotte.
Pas le bruit incessant de la machinerie lourde en train d’extraire et transformer un minerai stratégique car crucial à la fabrication des anodes des batteries de la transition énergétique.
Ni les poussières du va-et-vient industriel d’une région devenue, du jour au lendemain, minière malgré elle.
L’entreprise Lomiko Metals, qui pilote le projet de mine de graphite La Loutre situé en Haute-Gatineau, obtient 8,35 millions US du département américain de la Défense afin d’accélérer le développement d’un procédé de transformation du graphite brut en matériau de fabrication d’anodes de batteries de haute technicité.
En plus de cet investissement inédit du Pentagone dans un projet canadien de minerai considéré « d’importance stratégique », Lomiko Metals obtient aussi une subvention de recherche de 4,9 millions CAN répartie sur trois ans du ministère canadien de l’Énergie et des Ressources naturelles, dans le cadre de son Programme de recherche, développement et démonstration pour les minéraux critiques.
Selon Belinda Labatte, cheffe de la direction et présidente du conseil d’administration de Lomiko Metals, l’obtention de ces financements simultanés des gouvernements canadien et américain représente une « étape extraordinaire » et une « opportunité exceptionnelle de construire une approche collaborative de la transition énergétique et de la résilience de la chaîne d’approvisionnement en Amérique du Nord ».
De l’avis du ministre canadien de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, les subventions conjointes du Canada et des États-Unis dans le projet de valorisation du graphite mené par Lomiko Metals feront que « le Canada s’impose comme un chef de file mondial de l’approvisionnement en minéraux critiques de source sûre et responsable » pour la transition énergétique de l’économie.
D’ailleurs, ces subventions conjointes à Lomiko Metals découlent du « Plan d’action canado-américain pour la collaboration dans le domaine des minéraux critiques » lancé en janvier 2020 par les deux gouvernements dans le but de « renforcer la production nord-américaine de minéraux critiques nécessaires à d’importants secteurs, dont ceux de la défense, de l’aérospatiale, de l’énergie propre et des communications ». (...)
Papineauville (Outaouais) — Cinq municipalités du nord de la région de Petite-Nation annoncent aujourd’hui, en marge du Conseil des maires de la MRC de Papineau, la création de l’Alliance des municipalités Petite-Nation Nord (Alliance). Il s’agit de Lac-des-Plages, Duhamel, St-Émile-de-Suffolk, Lac-Simon et Chénéville.
Cette alliance a pour mission de concerter les cinq municipalités afin de devenir une force politique permettant de faire face au boom minier frappant la région. C’est avec enthousiasme que les maires des cinq municipalités de la MRC de Papineau ont tour à tour signé une lettre de déclaration de la création de l’Alliance. Cette lettre décrit d’abord le contexte qui les a menées au besoin d’une telle alliance, pour ensuite y présenter les objectifs et les engagements de l’Alliance. Afin de la soutenir dans l’atteinte de ses objectifs, l’Alliance entend recourir à l’embauche de spécialiste.
L’Alliance deviendra l’interlocutrice des citoyens auprès du gouvernement et du promoteur minier. Elle est surtout déterminée à mener une démarche démocratique mesurant l’acceptabilité sociale du projet La Loutre en assurant un processus d’information et de consultation inclusif de toutes les opinions.
L’Alliance souhaite aussi rappeler l’engagement du premier ministre qui a communiqué aux Québécois qu’il n’y aurait pas de mine sans acceptabilité sociale. C’est pourquoi l’Alliance pense que le premier ministre et son conseil des ministres doivent pouvoir avoir cette information, c’est-à-dire de savoir si le milieu souhaite ou ne souhaite pas le projet.
Les membres de l’Alliance soulignent vouloir veiller à ce que le développement de leur région puisse poursuivre sa vocation de villégiature et elle compte bien défendre son territoire face au projet minier, notamment la qualité de l’eau, la biodiversité et son tissu social.
L’Alliance rappelle qu’elle jouera donc pleinement son rôle de gouvernement de proximité en ce qui a trait au développement et à la protection des terres publiques adjacentes aux terrains municipaux. Finalement, elle espère que, par ses actions, elle mettra en lumière que la primauté de l’usage minier sur les autres usages en terres publiques n’est pas souhaitable pour le Québec.
Rencontre avec la ministre des Ressources naturelles
La Coalition Québec meilleure mine (QMM) a tiré profit de sa rencontre d’aujourd’hui avec la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Madame Maïté Blanchette Vézina, pour demander l’adoption de modifications législatives ambitieuses, efficaces et contraignantes pour protéger l’environnement et les populations locales des impacts de l’industrie minière. Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) travaille sur un projet de loi modifiant la Loi sur les mines et vise toujours un dépôt de son projet de loi au courant de l’hiver.
La rencontre a également été l’occasion de remettre à la ministre un exemplaire du guide de vulgarisation traitant des impacts des projets miniers sur l’eau et visant à soutenir l’action citoyenne. Produit par Eau Secours avec le soutien de la Coalition QMM et de MiningWatch Canada, ce livre de 50 pages vise à outiller les populations du Québec à mieux cerner les principaux enjeux du développement de projets extractifs. Il est disponible gratuitement en ligne et des copies imprimées sont disponibles en contactant les organismes.
Les principales demandes de la Coalition QMM pour améliorer l’encadrement des mines au Québec ont porté sur la gouvernance, les claims miniers et l’acceptabilité sociale. Plus précisément, nous avons remis de l’avant notre proposition de transférer les pouvoirs de la ministre des Ressources naturelles en matière d’environnement et d’aménagement du territoire à d’autres entités gouvernementales indépendantes de sa vocation économique, insisté sur l’importance de prévoir des mécanismes efficaces et rapides de retraits de claims miniers et rappelé l’importance de refuser en amont les projets miniers qui ne reçoivent pas le soutien des populations locales.
Sans prendre d’engagement sur ces enjeux, la ministre a réitéré qu’elle considère toutes les options et qu’elle étudie déjà attentivement nos recommandations. Le terme « robuste » a été employé pour qualifier l’ampleur du projet de loi.
Considérant les demandes des QuébécoisEs pour un meilleur encadrement des impacts des activités minières sur le territoire et les populations locales, nous avons indiqué que nous nous attendons à retrouver plusieurs amendements en ce sens, non seulement dans la Loi sur les mines, mais également dans la Loi sur la qualité de l’environnement et la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme. (...)